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Juve-Barça: la possession de balle comme meilleure défense

Au terme d’un match qu’il a cadenassé en faisant disparaître le ballon, Le Barça a officialisé sa qualif’ et sa première place à Turin. Au-delà du caractère soporifique de la rencontre, l’équipe de Valverde a réussi à contrôler les débats comme elle l’entendait. Sans créativité, avec un degré d’intention assez éloigné de la philosophie du club, mais avec une emprise qui doit cependant être soulignée.

On a compris assez rapidement. Messi sur le banc, cinq premières minutes où le ballon circule mais ne cherche pas nécessairement à avancer… Un nul était particulièrement bon à prendre pour le Barça, et Ernesto Valverde a mis en place un système sécuritaire pour ramener ce point de l’Allianz Stadium. Pour les envolées lyriques et le joga bonito, on repassera. Mais sur le plan de la sérénité dégagée, force est de constater que ce Barça a étalé une maîtrise qui lui faisait notamment défaut la saison dernière.

Purge, ou tour de force ?

Faute d’avoir su prendre les trois points lors de la journée précédente à Olympiakos, les Blaugrana voyageaient à Turin dans l’inconfortable costume de celui qui a plus à perdre qu’à gagner, puisqu’une déculottée pouvait leur faire perdre les rennes du groupe. Pour nuancer « l’inconfort » de la situation, le Barça savait qu’un nul ou une courte défaite pouvait lui suffire, une donnée qui a grandement influencé l’équation de départ de son entraîneur.

Donc, certainement pour la première fois de la saison, le FCB n’avait aucune obligation de victoire. Dans un schéma de départ assez rachitique sur le plan du talent offensif (Messi et Alba sur le banc, Suarez en méforme complète, Deulofeu en mode Deulofeu…), le technicien Basque a donc opté pour un plan de jeu « passe à dix » : le meilleur moyen de priver la Juve d’occasions, c’est de la déposséder du ballon. Avec seulement quatre joueurs dans le onze dont les performances actuelles se montrent dignes du niveau international (Ter Stegen, Umtiti, Busquets, Iniesta – à part Don Andres, aucun dans un registre offensif), le FCB a parfaitement contrôlé la rencontre, sur le non-rythme qu’il a souhaité imposer.

Évidemment, l’éventail d’émotions suscitées sur les canapés de supporters tenait plus de la somnolence ou de la morosité que de l’émerveillement. Mais le constat est sans appel défensivement, à l’exception de la frappe tardive de Dybala, le Barça n’a jamais ou presque tremblé dans cette rencontre, face à une Juve qui avait pourtant tout à gagner. Le début de match pouvait laisser craindre le pire, puisque les Bianconeri semblaient prêt à déferler vers la cage de M.A.T.S, à grandes enjambées et petites arabesques de Douglas Costa, Alex Sandro, Dybala ou Cuadrado. Après une paire de demi-frissons initiaux, un calme plat s’est installé sur le but culé, et la soirée s’est déroulée plutôt tranquillement pour l’arrière-garde habillée de grenat. On insiste, il ne faut pas minimiser cet aspect dans la performance du Barça à Turin, même si l’équipe n’a rien produit offensivement (on serait tenté d’ajouter : rien essayé de produire), elle n’a quasiment rien concédé, et cela reste une prouesse qu’il faut mettre en avant, sur la pelouse de ce qui reste un des cadors Européens. En outre, et ça n’a pas nécessairement été le cas depuis le début de saison, on a pu observer un véritable pressing exercé par les Catalans dans le camp juventino. Une pression plutôt efficace qui a permis de récupérer rapidement le ballon, pour le faire circuler ensuite.

Schéma des Expected Goals pour chaque occasion. Comme on le voit, match sans grosses opportunité d’un côté comme de l’autre. Le Barça a réussi à limiter considérablement le danger sur son but (source 11Tegen11 @11tegen11)

Une animation statique malgré la possession de balle

Sur le terrain de la Vieille Dame, le Barça a affiché un taux de possession de 64%, qui explique bien le moyen mis en œuvre pour protéger son but. Un chiffre supérieur à la moyenne barcelonaise cette saison (61%) et raccord avec les meilleurs Européens de l’exercice (PSG, 64%, et City, 65%) [Données : Chroniquestactiques.fr]. Pour autant, on ne peut pas dire, loin s’en faut, que l’impression dégagée par les Catalans mercredi soit la même que celle renvoyée par le football pétillant des deux équipes qui se dégagent comme les épouvantails de ce début de saison.

C’est évident et assez navrant pour les amoureux du jeu qui forment une solide base du barcelonisme, mais aujourd’hui un monde de plaisir sépare le football étalé par City et celui déployé par le Barça. Outre le profil et la qualité des joueurs, c’est avant tout une affaire de mouvement. Là où les joueurs de Guardiola occupent à merveille la superficie du terrain, créent des espaces et se rendent disponibles entre les lignes, ceux de Valverde dégagent une fâcheuse sensation de statisme. En cause la qualité des appels de balle, mais aussi une idée plus large de mouvements coordonnés qui n’existe pas. Il n’y a qu’à voir, samedi à Leganes, la façon dont Semedo, démarqué dans son couloir, a été maintes fois abandonné par Rakitic, Alcacer ou même Messi. Ou l’insuffisance des propositions offertes mercredi par Deulofeu à ce même Semedo dans le couloir…

De fait, la titularisation de joueurs comme Rakitic ou Paulinho, dont le jeu de passe est si conservateur qu’il virerait presque réac’, se fondait parfaitement dans le moule du plan de Valverde. Ce qui habituellement est un problème s’est mué en atout mercredi soir : quoi de mieux que des passes en retrait ou des offrandes latérales pour ne pas perdre le ballon, puisque c’était l’objectif central de la soirée. Mais ce qui a fonctionné ponctuellement face à la Juve, dans un contexte particulier, montrera fatalement ses limites lorsqu’il faudra animer un plan offensif digne de ce nom.

Il est d’ailleurs amusant de faire un parallèle entre les deux dernières parties disputées par le FCB en Champions. Deux piètres 0-0, où l’équipe a joué en marchant, sans subir de pressing adverse. Deux matches d’où s’est dégagée une inexorable impuissance à se montrer dangereux, alors que le ballon a beaucoup, beaucoup circulé mais peu avancé. La seule différence, c’est que la première copie a été rendue face à un faible Olympiakos (ce qui est donc plus que décevant), alors que la seconde l’a été contre une Juventus beaucoup plus contondante (et c’est nettement plus honorable).

MATS, ce rempart

S’il ne fallait retirer qu’une seule satisfaction individuelle de ce déplacement transalpin, ce serait évidemment Ter Stegen. Peu sollicité mais impérial sur un énorme arrêt dans le temps additionnel, le portier teuton a une nouvelle fois rassuré son peuple. Comme c’est de coutume depuis le début de la saison, la défense assure le gros du travail, autour d’un Umtiti herculéen, et d’un Piqué qui a mercredi fait des copeaux du petit Gonzalo. En dernier rideau, dans la qualité plus que dans la quantité, MATS finit le boulot et écarte les derniers dangers.

Jeudi matin, la presse catalane n’en avait que pour lui, allant jusqu’à en faire le « meilleur gardien du monde ». Qu’il le soit ou non, le fait est que Ter Stegen est le meilleur gardien que le Barça puisse avoir. Outre ses qualités dans la cage, qui ont encore grimpé d’un étage cette saison, la qualité de son jeu des deux pieds en fait un rouage essentiel pour une équipe qui se construit de l’arrière. Que ce soit pour initier la relance ou surtout pour se soulager d’un pressing adverse haut placé, les Catalans ont souvent recours à un appui sur leur gardien. En ce sens, on peut véritablement parler d’une équipe qui joue à onze, et ça fait toute la différence.

Alors qu’il y avait beaucoup à craindre de ce match face à la Juventus, le Barça s’est montré impressionnant de maîtrise, certes dans un plan de jeu très conservateur. Si on peut regretter la proposition de Valverde sur le fond, on peut néanmoins remarquer qu’un 0-0 contrôlé comme mercredi aurait été bon à prendre il y a quelques mois sur la même pelouse, en quart de finale de LDC. En ce sens, si le Barça ne brille pas, on peut néanmoins constater qu’il progresse dans certains compartiments du jeu, avec pourtant un effectif limité en talent.

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Photo: AFP / Massimiliano Ferraro/NurPhoto

A propos de l'auteur

Julien Llop
Julien Llop

Amateur du Barça, de Guardiola, de stats et de tactique. Titulaire sur Blograna.fr depuis 2011

7 Comments

Réagissez
  • C’est un des meilleurs articles que j’aie jamais lu sur ce blog. Très complet et très riche en informations et cela confirme le déficit criant de verticalité dans le jeu du Barça depuis quelques saisons déjà d’où cette inquiétante propension à faire de la possession pour de la possession mais j’ai également trouvé que cela a été très bien réalisé contre les Bianconeri. Et le plus surprenant c’est que j’ai vu une maîtrise technique très supérieure côté Barça ce qui est plus ou moins étonnant étant donné que deux titulaires indiscutables très techniques étaient sur le banc – Messi et Alba – et vu le profil de la plupart des joueurs de notre effectif. On a contrôlé comme il se doit la partie mais va vraiment falloir travailler l’animation offensive, les combinaisons entre milieux & attaquants et le déplacement des joueurs dans l’espace car mon scepticisme reste le même sur l’aspect offensif de notre équipe qui joue comme le Barça de toujours avec une organisation à l’ancienne italienne avec une base défensive solide où le jeu est bien plus tourné vers la défense que vers une réelle attaque flamboyante ce qui est dû au manque de talent aux avant-postes. On sait que les principaux points forts des équipes qui gagnent la Champions League est leur facilité à aller de l’avant, à casser les lignes adverses par la passe ou le dribble et surtout à créer le maximum de danger dans la surface adverse. Et force est de constater que ce sont des caractéristiques qui nous font complètement défaut à l’heure actuelle.

  • Bonjour

    Le « catenacio » du barca est bon a prendre par les temps qui cours … la possession de balle est bien là avec une excellente assise défensive … il ne reste plus qu’à mettre en place quelques « artifices offensifs » pour en faire une machine de guerre … avec Messi, Suarez et Dembelé (quand il reviendra) … sinon les milieux de terrain ont tous la particularité de pouvoir se projeter vers le but adverse ( surtout Paulhinho)… il faut juste faire en sorte que le bloc utilise mieux les espaces verticaux ….

    Mes amitiés

    Vive le Barça

  • Qu’ai-je retenu au terme de cette rencontre Juve-Barça? Que le Barça a grand intérêt à recruter un milieu qui joue vers l’avant au lieu de Ceux qui présentement sont là et qui manquant d’inventivité, passent le clair du jeu à faire des passes vers leur propre défense. En défense, Semedo et Lucas Digne doivent comprendre qu’un match se gagne dans les buts adverses et non en faisant toutes les passes vers sa propre base. L’équipe est sans âme. Le Barça n’a plus les joueurs qu’il faut pour pousser le cuir vers l’avant. L’attaque est moribonde avec un Suarez devenu l’ombre de lui-même. Joueur aux qualités techniques très moyennes, son manque d’efficacité actuel fait apparaître de lui un joueur quelconque.
    Oui, contre la Juventus, le Barça a eu plus de 60% de possession de balle. Mais pour quel résultat ? Si encore les joueurs avaient bombardé d’actions offensives La Défense italienne, on pouvait comprendre. Mardi et mercredi, le match Juventus – Barça, fut la plus insipide des rencontres de Champions League au plan de l’attraction du jeu. Attention! Le deuxième tour ne tolérera pas ces approximations. Il faut rapidement recruter deux milieux offensifs, et deux attaquants qui marquent des buts. Pas des attaquants style Deulefeu. Ce qui nous permettra de retrouver notre Lionel Messi qui lui aussi semble marquer le pas depuis son superbe match avec sa sélection contre l’Équateur.

  • L’adjectif  »pragmatique » est celui qui définit le mieux Ernesto Valverde, c’est un coach qui fait avec ce qu’il a sans se plaindre, il se cache derrière personne et n’a jamais d’excuses Pourtant les résultats sont là. Aujourd’hui la réalité c’est que le Barça possède un effectif pauvre, il y’a le nombre mais pas la qualité, les dirigeants n’ont pas bien anticipé cela et si le recrutement ne se fait pas bien le club pourrait traverser une période de vache maigre.
    Si on doit revenir en arrière on pourra constater que nos dirigeants ont par leur négligence loupé la signature des joueurs comme : Thiago Silva, Marquinohs, Benatia, Ozil, Stones, Gabriel Jesus Gareth Bale, Modric, Isco, Kovatic… et ils ont laissé partir des joueurs comme : Thiago Alcantara, Fabregas, Sanchez, Alves, Grimaldo, Bellerin, Icardi….
    Mais ils ont recruté des joueurs comme : Douglas la légende, Vermaelen, Jérémie Mathieu, Gomes, Digne, Vidal.. Tout cela en sacrifiant la Masia. On attends un Barça meilleur alors qu’on libère nos meilleurs joueurs pour recruter des pieds carrés. Aujourd’hui Valverde fait ce qu’il peut avec une dizaine de joueurs SEULEMENT qui mériteraient réellement de trouver au Barça, il a féliciter.

    • Merci pour ton article construit autour du pragmatisme de Valverde, bien vu car Valverde a géré ce match dans une optique de protéger ses joueurs pour les trois matchs à venir. Leblogdubarca a déjà soulevé la difficultés de ses matchs en relation avec la qualité de l’effectif actuel en plus des blessures potentielles. Avec ce pragmatisme, le barça a réussi son premier test. Je m’en passe de la qualité du jeu mais on ne peut pas s’offrir plus que ce que l’effectif peut donner. Déjà on sent que nos meilleurs joeurs commancent a montrer des signes de saturation en l’absence de talents sur le banc de touches. Ceci dit, Suarez semble perdu dans le 4-3-1-2 et perd ainsi beaucoup de ballons. Valverde ne peut pas le supporter plus longtemps et il est excusé, on le comprend, sur le pitch tous les joueurs doivent défendre, récupérer les balles et relancer en attaques. Posséder la balle plus longtemps donne plus de force à notre defence mais le milieu manque de fraîcheur. Valverde a bien géré cette rencontre avec l’aide de terstegen qui ne cesse de réaliser des prouesses. Très bonne chance pour le reste des matchs, VISCA BARÇA

  • Hello, très belle analyse un grand merci à notre amateur Julien Llop qui à chaque fois est là pour nous régaler avec ses qualités d’analyse. Vraiment hier soir j’étais très déçue du jeu produit par nos joueurs même si tout le monde leur tire le chapeau. Je voulais que les joueurs sur le terrain montrent que sans Messi le Barça est plus qu’un club et qu’il faut s’en méfier mais ça n’a pas été, les Iniesta, Suarez, Rakitic n’ont pas guidé les jeunes vers l’avant et une fois de plus ils ont donné un signal à nos rivaux pour qu’ils se concentrent sur Messi. J’ai vu un Paulinho, Samedo, Digne qui se projetaient vers l’avant mais ne trouvaient pas avec qui s’appuyer et un Valverde qui ne donnait raison à cette statique. Samedo et Digne sont deux joueurs rapides mais Valverde ne donne pas crédit à leurs valeurs ce qui est désolant. Tout le monde sait ce qu’ils rapportaient dans leur club et voit comment ils jouent ici. Quant à Paulinho c’est un joueur physique doté d’une puissance de frappes et de jeu de tête et qui joue aussi sans ballon ce qui est le contraire d’un Rakitic le surplus qu’il a aime se projeter mais là aussi est victime comme les deux précédents ne trouvent pas souvent avec qui tailler la défense adverses. Je conclurai que si le Barça ne veut plus revivre l’impasse de l’année et redorer son image de beaux jeu doit jouer en attaque plus et être efficace devant le but et surtout bien s’entraîner sur les cornes, coup pied arrêtés. Valverde doit imposer à ses joueurs de se projeter vers l’avant et déstabiliser les défenses adverses comme il les a obligé de bien défendre. Visca Barça.

  • les 2 proablèmes du barça actu son luis suarez et son excellence ivan rakitic(alias monsieur passe en retrait)pour moi se joueur est le seul mr au monde qui na aucune prise de risque dans jeu,même ter stegen fais plus de passe entre les ligne que lui,moi javais tendance a bocou critiquer matuidi mais je rends compte que cet 40 rakitic dans chaques orteils,si on veux revoir le barça dominateur quon etais avant va falloir enlever cest 2 gars du 11 departs(suarez a la limite)et mettre alena ou comme jenttend bocou parler de mesut oezil en janvier mine de rien cest un joueur technique qui fais les 1ère passes qui cassent les lignes il peut vraiment bocou nous aider merci…

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